• Malaura

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    Chevaliers de l’orage, déposez sur mes yeux vos rêves d’ouragan
    Chevaliers de l’orage, versez des songes troubles sur mes paupières closes
    Du fin fond de l’abîme où vous tourbillonnez
    Faites résonner les cors, faites grincer les fers
    Déchaînez les soufflets de vos naseaux fumants
    Que résonne et que crie par tout le firmament
    Le galop effréné de votre cavalcade
    Et soufflez sur mon front le vent de la révolte
    Chevaliers de l’orage.

    Du bruit de vos sabots envahissez l’espace
    Du gouffre de mes nuits, du creux de mes chimères
    J’entends sourdre et gronder votre noir équipage
    Tempêtes, typhons, cyclones, barrissez, rugissez,
    Hurlez dans le silence de mon champ de bataille
    Faites couler le sang de mes désirs amers
    Tranchez le nœud coulant qui me tient attachée
    Au seuil du nouveau jour. En combat singulier
    Tuez le soleil gris de mes mélancolies
    Et dans mon cœur inquiet, faites jaillir
    Vos feux d’aurores boréales
    Chevaliers de l’orage.

    Malaura

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    Que la blessure se ferme – Tahar Ben Jelloun

     

    Si l’on devait réduire « Que la blessure se ferme » à un seul terme, ce serait sans doute le mot « lumière » qui nous viendrait spontanément à l’esprit.
    La lumière est partout dans ce beau recueil qui entretisse avec beaucoup d’émotion et d’humilité, poésie, prose et réflexions.
     

    Lumière diffuse ou éclatante, lueur trouble ou étincelante, brume effilochée ou éclair foudroyant, éclat lustré ou mordoré, la lumière rayonne et nimbe tout, elle darde ses feux miroitants sur les êtres et les choses, s’attarde en voile chatoyant sur les villes de la Méditerranée, de Fez ou de Naples, façonne les pierres millénaires en miroitements de silice, les lustre d’une patine où s’inscrivent les marques du temps et les fissures de l’Histoire.
    Doigt de dieu, elle touche le cœur des hommes de foi en rais éblouissants, elle descend du ciel en ondes caressantes, elle monte de la terre en brasier incandescent, elle se love, paresse, s’exhibe ou se cache, tantôt vive, tantôt sombre, tantôt joyeuse, tantôt terne, elle essaime, radieuse, ses rayons flamboyants dans le cœur plein d’illusions de l’amoureux, ou s’assombrit dans le désamour et s’ombrage en tons orageux dans la colère et le dépit de l’amant déçu.
    Lumière blanche de la quête spirituelle, lumière pourpre du sang versé, elle est source de vie, elle est parole, elle est amour, elle est cri, elle est larme ou Vérité, elle est cette clarté qui brille dans le cœur des hommes, le croyant ou l’épris, l’enfant ou le fou, le mendiant ou le saint, le profane ou l’élu…

    Il n’est pas étonnant alors que la première et meilleure partie du recueil s’intitule « Lumière sur lumière ».
    Tahar Ben Jelloun, au détour de poèmes ardents à l’inspiration envoûtante, y rend hommage au poète et mystique soufi Al-Hallaj, puisant dans le martyr et la spiritualité de ce dernier, le souffle qui alimente sa propre poésie et sa quête intérieure. Des vers brefs et puissants, dépouillés mais plein de ferveurs, des mots comme des soupirs ou des effluves, concis, illuminés, porteurs d’une grande richesse mystique et qui révèlent, à l’instar du célèbre ascète Al-Hallaj, une recherche de l’Absolu et de la pensée divine dans l’expression d’un langage réduit à sa plus simple essence.
    Vérité, Parole et Absolu s’embrasent ainsi dans une même fusion, une même communion, une même dissolution pour atteindre au divin :
    « On remonte la page/ On suit la phrase/ On est choisi par le mot/ dit à l’infini/ jusqu’à l’apparition du visage de l’Aimé ».

    La lumière s’expose aussi dans les autres parties du recueil, celles plus sentimentales où Tahar Ben Jelloun s’exprime, non plus sur l’idée de foi, de la quête spirituelle et du cheminement intérieur, mais sur l’Amour et ses manifestations les plus chagrines, l’absence de sentiments et le désamour. Dépit, déception, amertume, illusions déçues s’inscrivent dans une poésie plus ombrageuse, rembrunie par les sentiments de peine et d’affliction de l’amoureux désenchanté. Cependant, là-aussi, la lumière triomphe, porteuse de désir et d’espérance :
    « L’Aimée se tient sur la cime de l’exception/ Il faut lever les yeux pour la voir/ Il faut lever le cœur très haut pour l’atteindre ».

    La lumière se répand encore tout entière dans cet « être solaire » que Tahar Ben Jelloun a pour fils, cet enfant trisomique dont le poète nous livre un émouvant témoignage d’affection et d’amour paternels. La tendresse, l’attachement, la compréhension qui émanent des belles lignes que l’auteur dédie à son fils, sont une parenthèse bienfaisante à la violence affichée du monde ; temps suspendu offrant un instant de grâce pure, un moment d’émotion immaculé, le sentiment de l’ingénuité retrouvée, « un amour qui dément la brutalité et la bêtise » :
    « Il n’est pas comme les autres/ Il est innocence éparse dans une société qui ment/ Il touche à l’essaim de tant d’étoiles du simple fait de rire aux éclats/ Il est cette liberté dont on n’écrit nulle part le nom ».

    La lumière, bien que plus diffuse, s’épanche enfin dans les aphorismes qui parachèvent le recueil comme autant de petits cailloux lumineux jetés sur le cours de la vie en pensées, raisonnements, paradoxes ou évidences.
    150 idées et impressions pour parler de tout et de rien, de l’amour, de la mort, de la maladie, de l’amitié, de la poésie, du sens des choses…
    150 remarques et observations, sages ou caustiques, drôles ou surprenantes, qui ouvrent l’horizon sur une réflexion positive et offrent un chemin à parcourir, quels que soient les méandres de l’existence, ensoleillés ou ombragés, jusqu’à ce « Que la blessure se ferme ».
    Alors, seule une prière sera à rajouter au registre de l’espérance :
     

    « Mon Dieu ! Donnez-nous une passion ! Qu’elle vienne de l’étrange ou de l’inconnu, qu’elle soit forte et belle, qu’elle fabrique du bonheur ou de la folie, mais qu’elle soit là sur notre chemin, tant que nous avons l’énergie de défier les impossibles, d’imaginer le rêve et d’en être jusqu’à la fin. »

     

    Que la blessure se ferme de Tahar Ben JellounMalaura

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    "On remonte la page
    On suit la phrase
    On est choisi par le mot
    dit à l'infini
    jusqu'à l'apparition du visage de l'Aimé." 

     

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    L'été d'Albert Camus

    L’été – Albert Camus

    Etonnant comme un mot peut parfois jaillir dans notre esprit, alors même que nous achevons une lecture, la tête encore emplie d’ailleurs, et s’impose sans contrainte, comme une fulgurance, une évidence, un trait de lumière.
    Incandescence. C’est ce mot-là qui a jailli après la lecture de ce petit ouvrage regroupant huit textes, entre essais et pensées, écrits par Albert Camus, entre 1939 et 1953.
    On serait bien en peine de dire pourquoi cet adjectif-là, parmi les nombreux que l’on pourrait utiliser pour évoquer l’œuvre magistrale du grand écrivain. Pourtant, c’est celui-là qui prime.

    Incandescent, le visage de pierre de la ville d’Oran et l’irréalité de sa force minérale.
    Incandescente, l’implacabilité du désert ou « la magnifique anarchie humaine et la permanence d’une mer toujours étale ».
    Incandescence, les pays de roches et d’eau de la terre méditerranéenne où « tous les matins d’été ont l’air d’être les premiers du monde et tous les crépuscules semblent être les derniers ».
    Incandescentes enfin, ces pages chaudes qui brûlent d’un amour sans borne pour la Méditerranée, comme un galet chauffé à blanc par le soleil.
    Qui a grandi au bord de l’eau, sait le pouvoir d’attraction tout puissant que la mer a sur l’homme, la plénitude mélancolique qui envahit l’être face à son immensité.
    Qui a quitté la mer sait le bruit régulier des vagues entendu au cœur d’une nuit lourde, comme un chant de l’absence, un vœu secret de retour.

    L’on suit le fil d’Ariane déroulé par l’auteur dans un périple tout méditerranéen, d’Oran à Alger, de la Grèce à la Provence, pérégrinations à la fois mobiles, mentales et contemplatives, empreintes d’interrogations sur la condition de l’homme et sur la symbolique des mythes dans notre monde d’aujourd’hui où tout reste encore à inventer pour perpétuer la Beauté.
    Des pages d’un lyrisme et d’une sensualité rarement atteints, puissantes, allusives, séduisantes et troublantes, par lesquelles l’auteur de « L’étranger » ou de l’inachevé « Le premier homme », exprime son exaltation pour la mer, enivrante, inspiratrice, immuable, avec cette écriture brûlante, fiévreuse et néanmoins posée et réfléchie qui caractérise l’écrivain Prix Nobel de Littérature en 1957.

    Texte Malaura

     

    « Et je sais qu’aujourd’hui, sur la dune déserte, si je veux m’y rendre, le même ciel déversera encore sa cargaison de souffle et d’étoiles. Ce sont ici les terres de l’innocence. »

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  •    Adieu à l’Italie – Bruno Racine

     Il est moins connu que David, dont il fut l’élève, il n’a pas le génie d’Ingres, qui peignit son portrait en 1809 et avec qui il partagea l’amour de Rome et de l’Italie, mais il s’affiche toutefois comme un grand peintre néo-classique et même si son nom a quelque peu subi la patine du temps, on lui doit de belles et grandes œuvres telles « Le chœur des Capucins » ou « Intérieur de la basilique basse de St-François d’Assise ».

    Ce peintre, c’est François-Marius Granet (1775-1849), dont Bruno Racine, ancien directeur de la Villa Médicis et actuel responsable de la Bibliothèque Nationale, ressuscite un peu de l’éclat et du faste dans cette biographie romancée au charme classique auréolée d’une prose lustrée et délicate.

     Dans « Adieu à l’Italie », Bruno Racine met en scène Granet à la fin de sa vie, alors que veuf de Nena - la compagne avec laquelle il vécut une relation adultère pendant 40 ans - lui-même vieillissant, il s’attache à préparer sa sortie avec la même constance et la même discipline qu’il en a mis tout au long de sa vie pour mener à bien sa charge d’artiste-peintre. Deux grandes toiles attendent d’être achevées qui seront le point final à apposer sur le livre de la vie.

    C’est là l’heure du bilan et des dispositions testamentaires, quand l’artiste, aspirant à léguer à la postérité les fruits de son travail, s’interroge sur le devenir de son œuvre avec l’indicible crainte de sombrer dans l’oubli.

    C’est l’homme face à lui-même qui est ici représenté, avec cette part de lucidité qui se libère dans l’imminence de l’achèvement, l’homme face à ses questions essentielles : Qu’est-ce qui va rester ? Qu’est-ce qui est périssable dans la masse de tous les travaux, de toutes les peintures réalisées au fil du temps ?

    La quantité phénoménale de superbes aquarelles de Granet, plus personnelles, plus spontanées, effectuées en marge de sa peinture officielle, acquièrent ainsi à l’heure des bilans, une autre portée, offrant un autre regard et le questionnement de savoir si l’œuvre intime n’est finalement pas plus importante que celle qui fait le succès...

     Né à Aix-en-Provence dans une famille d’origine modeste, son travail, sa persévérance, ainsi que des amitiés fertiles et profondes, permirent à Granet d’accéder à d’honorables fonctions sous la Restauration et de gagner une renommée internationale dans le monde des arts.

    Peintre officiel sous Louis-Philippe, il fut aussi conservateur au musée du Louvre, directeur du musée d’Aix-en-Provence ou encore collectionneur du musée d’Histoire de France.

    Un certain académisme dans sa peinture et la Révolution de 1848 en firent un peintre en voie de déclassement. La Seconde République annonçait le changement,  le monde évoluait et la peinture avec lui.  Il n’était pas un génie et le savait, juste un peintre surpris par le succès grâce à sa plus célèbre toile, « Le chœur des Capucins », dont il dut effectuer d’innombrables répliques pour les grands de ce monde tout au long de sa vie.

    Louis-Philippe détrôné, Granet se réfugia dans sa bastide du Malvallat à Aix-en-Provence, sans regret pour la vie parisienne qu’il laissait derrière lui.

     Entre l’auteur, spécialiste des Beaux-arts, et le peintre déclinant isolé en Provence, les résonnances personnelles bruissent doucement dans une confession intime et ultime, faite de souvenirs heureux, de doutes, de désarrois, de l’enseignement final que l’on porte sur une vie écoulée.

    Les deux hommes, tous deux conservateurs en leur temps, partagent l’amour et la connaissance des Arts ainsi qu’une passion heureuse pour l’Italie et notamment pour Rome. Bruno Racine a été directeur de la Villa Médicis, Granet y a vécu les plus belles années de son existence…cette communion de cœur et d’esprit donne à « Adieu à l’Italie » la tonalité douce des peintures intimistes, mélange de clair-obscur parsemé ça et là de taches de lumière.

     La plume languide et réfléchie de Bruno Racine s’écoule en longues phrases posées et attentives, pour nous faire apprécier ce vieux monsieur aux cheveux d’argent attachant et sympathique, qui n’a jamais voulu jouer le jeu des intrigues politiques et des courtisans. Ces belles phrases élancées sont comme le puits de lumière que ménageait Granet dans ces toiles et qui était en quelque sorte sa marque de fabrique. Dans le clair obscur d’une existence vouée à l’Art, elles éclairent d’une lumière douce et tamisée le peintre dans sa bastide provençale, nimbant d’un dernier reste d’éclat cet homme en fin de parcours, désormais seul face à lui-même.

    Ode à la mélancolie, méditation finale dépourvue de regrets, « Adieu à l’Italie » révèle, sans aucune tristesse, le sentiment permanent d’inachèvement, d’imperfection et d’insatisfaction que nourrissent tous les artistes.

    Et François-Marius Granet nous fait une dernière révérence…

    Texte Malaura

     

    Adieu à l'Italie - Bruno Racine

    Adieu à l'Italie - Bruno Racine

     

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  •  La dernière maison où vécut Pierre-Auguste Renoir

    Dernière demeure de Pierre-Auguste Renoir Malaura

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    C’est la saison où le pâle soleil
    Se fraye un chemin sur les toits, rejoint
    La fenêtre, se faufile entre les feuilles
    Et peint de pêche et de kaki
    La chambre où tu joues.
    Ainsi, tandis que tout le monde
    Devant les feux défile,
    Dans cette chambre poussent des fleurs
    Blanches :
    Mais comme il dure peu le temps
    Que le soleil met pour éclairer la maison
    Avant que la nuit noire s’empare des collines
    Et que rôde le loup derrière les vitres…

    Alberto Nessi
    Extrait de « La Couleur de la mauve »

     

     

     

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